Pierre Boismenu

Commencée, l’analyse ?

 

Présentation de Marie-Laure Balas
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J’ai le plaisir de vous présenter et d’accueillir avec vous Karine Murdza et Pierre Boismenu. Grâce à Monique Tricot, nous nous sommes tous les trois rencontrés lors des journées annuelles du Cercle Freudien qui se sont tenues à Dijon les 19 et 20 Septembre 2015. Nous avons alors prévu de préparer la rencontre d’aujourd’hui par l’intermédiaire d’échanges de mails et aussi par une rencontre à Paris fin Novembre. Entre temps, Karine et Pierre sont venus à nouveau à Dijon lors de la conférence de Monique qui inaugurait les conférences des samedis pour l’année 2015-2016 du Cercle Dijonnais. C’était le samedi 7 Novembre.

Karine vient interroger Le Réel avec nous autour d’une situation clinique vécue en CMPP.

Pour préparer son propos d’aujourd’hui, Pierre Boismenu choisit de se référer à plusieurs textes, dont celui écrit par lui il y a plusieurs mois, intitulé « Le rire de l’âne, figures de la décroyance ».

Il introduit son propos d’alors en citant Daniel Weiss qui s’exprimait lors d’une conférence des Mercredis du Cercle à Paris. Celui-ci, 15 mois plus tôt, interrogeait sa détresse de ne pouvoir mettre concrètement en pratique les modalités d’enchaînement des Mercredis du Cercle, puisqu’il n’avait pas pu régulièrement s’y rendre. En effet, le mercredi soir, le Cercle Freudien à Paris propose aux personnes qui le souhaitent de venir dialoguer, sur le thème qu’ils choisissent, avec les membres du Cercle qui à leur tour choisissent de venir ce soir-là.

Or la réalité s’impose à tous et vient souvent désorganiser et modifier l’enchaînement idéal : pas le temps de se déplacer, impossibilité de venir, journée qui n’en finit plus et déborde sur la soirée, les motifs sont sérieux et permanents…

Comment alors, lorsque l’on a choisi de prendre la parole, et donc de mettre en acte une pensée par l’intermédiaire d’une parole adressée à l’autre, arriver à dialoguer à partir des intervenants qui se sont succédés ?

Comment reprendre la balle au bond, ou le signifiant si on préfère, et en faire un point d’appui de ses propres questions ?

Les signifiants qui nous tiennent en haleine cette année à Dijon et à partir desquels nous vous proposons de penser aujourd’hui sont « Le Réel et l’Acte Psychanalytique[1] ».

Ces signifiants sont ceux qui furent pensés, pesés, soulevés, étudiés sous toutes leurs coutures, lorsqu’il y a quatre mois nous en étions à élaborer, à rêver, à fantasmer les modalités de l’enchaînement idéal de nos samedis après-midi du Cercle. Il fut ainsi convenu que Le Réel et l’Acte Psychanalytique soient au cœur de notre travail de l’année.

Peut-on cerner l’Acte Psychanalytique ? Comment s’y prendre ? A partir de quels signifiants peut-on parler d’Acte Psychanalytique ? L’Acte Psychanalytique engage en avant et en après-coup. Comment interrogeons-nous alors le Réel ? Quelle place faisons-nous au Réel, pour que dans l’après-coup, émerge un mouvement ? Dans quelle relation transférentielle se trouvent embarqués l’analysant et l’analyste ? Est-ce à leur insu qu’émergera un mouvement ? Lorsque l’analyste est lui-même immergé dans une institution, lorsque le cadre dans lequel l’analyste et l’analysant se retrouvent est hors-champs, est-ce un Réel qui s’impose alors et viendrait initier un mouvement ? Le temps de l’analyste est-il alors le même que celui de l’analysant ? Et les temps de l’Acte Psychanalytique, son début, son déroulement, ses suspens, ses arrêts, sa fin, peuvent-ils être repérés puis nommés ?

Laissons mijoter ces questions en attente et en gestation au creux de notre pensée, afin d’être à l’écoute de Karine puis de Pierre, et en faire un point d’appui de nos propres questions.

[1] « Au commencement était l’Acte… », Sigmund Freud. Cette perspective métapsychologique conclut Totem et Tabou, ouvrage publié en 1913.

« La parole est un acte… », Jacques Lacan, 1955, Variantes de la cure-type, in Ecrits, Paris, Editions du Seuil, 1966, p.351.

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Commencée, l’analyse ?

Pierre Boismenu

Quand Monique Tricot m’a contacté en juin ou juillet dernier, me laissant 8 jours pour me déterminer, j’ai certes eu un « déclic », un éclair « entamant l’ombre interne » comme dirait M. Duras, suffisant à orienter un travail, mais encore enkysté dans la nuit de l’intuition. J’espère avoir depuis avoir suffisamment travaillé pour en permettre une « perlaboration » comme dit Freud, qui n’en reste pas à cette intuition première.

 -1- ANALYSE ET ACTE :

Le temps de l’analyse

Dans l’éclair de « l’instant de voir », il m’est donc venu une question, apparemment simple. Je la reprends par cette formule : commencée, l’analyse? Entendons bien, ça se complique déjà dès qu’on s’emploie à le dire: j’ai proféré « commencée, l’analyse ? », et non pas « comment c’est, l’analyse ? ». Question de temps et non pas d’être. Il s’agit de poser à l’analyse la question de son temps, moins celle du temps dans l’analyse que celle du temps de l’analyse, y compris par plus ou moins mauvais temps comme dans les temps actuels : soit donc la question « quand y a-t-il analyse ? », plutôt que « qu’est-ce que l’analyse ? » ou que « comment savoir si analyse il y a ? » , toutes deux supposant un certain surplomb théorisant, un regard censé dégagé, c’est-à-dire non engagé, hors jeu (ce qu’on appelle le point de vue de Sirius).

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Commencée l’analyse