Pierre Boismenu – Soixantouissance

 

Prendre le large

SOIXANTOUISSANCE

Le mot de la fin. Pour commencer. Ce mot : appareiller. Appareiller c’est d’abord prendre le large. Quitter le quai. S’embarquer dans l’horizon.

1971. Au cœur du voyage sans toit ni loi. Bulle Ogier, dans La salamandre, ce film d’Alain Tanner. Sa scène finale, grand vent du large. Magasin de chaussures. Quelle pointure ? Celle-ci, non celle-là… Et puis NON. Non aux godasses, aux godillots, aux gogos. Marre de Godot. De l’attendre. On largue les amarres. Merci Monsieur ! Merci Madame !…

Saut dans le grand Dehors.

Dans la houle de la rue en mouvance continue vogue une frêle femme sans autre esquif que son esquive du vieux monde pour se porter vers un bonheur si près si loin horizon sous les pieds et tête dans le nouage à tous les autres-là qu’elle ne connait pas ne sont rien ne font rien que passer par là pas sans elle et marchant d’un même pas vent grisant qui les défoule en peuple à l’infini visage. .. Ce visage en extase sans nul Dieu que d’avoir lieu dans ses yeux…

La salamandre, gilet vert noir bleu rouge tacheté de jaune ou orange est réputée ininflammable – est-ce qu’on peut incendier une flamme ? Mais la souffler oui quand elle vacille. Sans peur sinon reproche des prédateurs qu’elle, superbe, ignore, elle file et se faufile dans l’entrelacs aux autres-là – mais combien, dans leur ardeur à barrer de leur insurrection les ortho-routes du progrès goudronné, seront écrasées sous la roue qui tourne, tourne en ronds ?

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