Danièle Epstein
L’ère de la démesure : croissance et jouissance

L’ère de la démesure : croissance et jouissance

Préface de Patrick Chemla

Questionner les effets de cette course folle et sans limite vers toujours plus de croissance et de jouissance, c’est analyser ce qui nous a menés aux impasses contemporaines pour pouvoir les surmonter. Nous devons aux générations futures de relever ce défi intime et collectif, ce défi éthique et politique. En quoi le psychanalyste est-il amené à y contribuer ? 

Les crises se répètent, nous traversent et enténèbrent le monde. Elles ravagent le Sujet et tous les champs de notre existence. Nous respirons l’air du temps, nous l’incorporons, jusqu’à ne plus pouvoir le penser, jusqu’à s’en asphyxier, à en faire perdre le souffle à la planète. L’homme nouveau est appelé à se fondre dans le Marché, à s’y confondre, avec pour seule amarre, la boussole des profits… profiter, en surfant sur l’écume de la croissance et de la jouissance. Toutes les sphères de notre économie psychique se trouvent ainsi colonisées, jusqu’à étouffer la dimension éthique de la vie sous sa valeur marchande.

Ne pas se laisser embarquer par la folie du monde, se désaliéner des signifiants de l’Autre et des idées reçues, résister à l’engrenage de la répétition, c’est rendre à la psychanalyse sa fonction de subversion qui ouvre la fenêtre sur d’autres récits et d’autres possibles d’une vie. Au cœur d’une rupture anthropologique, l’acte analytique, à l’instar de l’acte créateur, irrigue un territoire psychique dont le terreau est devenu stérile.  Contrer un processus nous menant à notre propre perte est un enjeu intime et collectif, un enjeu subjectif et politique.  C’est l’enjeu de l’acte analytique.